Les mots éparpillés, un jeu d'écriture proposé par Florence Gindre.

Mots éparpillés

Florence Gindre, que vous connaissez peut-être de son blog: http://www.florencegindre.fr/blog/, a eu la chouette initiative de lancer un concours de petits textes (entre 100 et 300 mots), qui aura lieu chaque mois sur base d'une photo donnée. Le but est de, par la suite, pouvoir créer un ebook avec les textes en juillet prochain.

Je vous laisse découvrir le concours ici : http://www.florencegindre.fr/blog/2014/ ... parpilles/ .
 

J'ai eu le plaisir de participer en décembre 2014. Voici la photo

Image decembre

 

Et voici le petit texte que cette photo m'a inspiré :

 

Marius contemplait le château d’If sur son rocher, construit pour défier le temps. Il avait toujours trouvé étrange que ce lieu de détention et de souffrance soit devenu le premier site touristique de Marseille. Il posa son exemplaire fatigué du Comte de Monte-Cristo sur sa cuisse. Il imaginait sans peine le courage d’Edmond Dantès pour s’évader de ces lieux sinistres.
Marius était libre, sans aucune muraille pour le retenir… Il était vivant, intensément vivant, comme tous ceux qui ont un jour frôlé la mort. Pourtant, lui aussi rêvait d’évasion. Souvent.
Il entendit des pas légers approcher sur les graviers de l’allée. Pile à l’heure. Son bourreau venait le chercher. Comme pratiquement tous les jours depuis deux ans. Elle avait pourtant un sourire chaleureux, un sourire qui faisait pétiller son regard. Qui pourrait croire qu’elle le torturait plusieurs jours par semaine ?
Elle s’avança vers lui et s’arrêta un instant pour lire l’inscription sur le mur.
— C’est vous ? demanda-t-elle d’une voix douce.
Il acquiesça silencieusement, les yeux toujours rivés sur la forteresse.
— Il est temps d’y aller, reprit-elle en lui offrant un sourire d’encouragement.
Il frissonna malgré la chaleur et hocha la tête en signe d’assentiment. Elle repartit vers la maison sans lui proposer son aide et il lui en fut reconnaissant ; il détestait se sentir tributaire de quiconque. Les pneus crissèrent sur le gravier lorsqu’il obligea les roues de son fauteuil roulant à tourner pratiquement sur place. Il la rattrapa et adapta sa vitesse pour rester à sa hauteur. Elle le précéda dans la pièce immaculée et demanda :
— Prêt pour une nouvelle séance de rééducation ?
Oui, il était prêt. Prêt à tout endurer pour remarcher. Il sortirait vainqueur de ce combat contre son corps mutilé, quel qu’en soit le prix.

 

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