La Bille d'Ambre, chapitre 2

Chapitre 2

 

 

La sphère capturait les rayons obliques du soleil. Ils se reflétaient sur le visage de Joachim en une mosaïque bizarre. Sous la lumière chatoyante, l’intérieur de la bille paraissait être en mouvement. Un long mouvement d’une lenteur majestueuse, orchestré par je ne savais quelle magie. Ça ressemblait à certaines photos prises avec ce fameux télescope au nom évoquant une marque de chewing-gum. J’avais regardé une émission à la télévision, ou plutôt, Joachim avait regardé l’émission. Et comme je me reposais sur son ventre, j’y avais jeté un coup d’œil de temps en temps. Sur le moment, ça ne m’avait pas trop impressionné. À vrai dire, je m’en moquais un peu, mais en observant l’intérieur de sa bille, je repensai aussitôt à ces photos. Des milliers de minuscules sphères scintillantes tourbillonnaient au ralenti dans une chorégraphie à l’effet hypnotique.

Je perdis la notion du temps.

 

Ce fut mon humaine qui nous tira de notre contemplation quand elle appela ses enfants pour qu’ils viennent se laver les mains avant de passer à table. C’est bien une manie humaine, ça ! Toujours se tremper dans l’eau, mais quelle idée ! Joachim se dépêcha de cacher sa bille bien au fond de sa poche avant de faire la course avec son frère pour savoir lequel des deux aurait la joie d’inonder la salle de bains en premier. Et forcément, de se faire gronder en premier. J’entendais déjà leur mère qui leur recommandait de ne pas mettre de l’eau partout. À mon avis, elle perd son temps, mais il est vrai qu’on ne me demande pas souvent mon avis.

Je m’étirai longuement, bâillai et sautai dans l’herbe. Je rentrai à la maison d’un pas nonchalant et m’en fut rôder dans la cuisine. Le chien était déjà là, couché derrière sa maîtresse, prêt à bondir sur le moindre petit morceau qui tomberait. Je vins le rejoindre avec un air indifférent qui ne trompa personne.

Toute la famille se mit à table en papotant de tout et de rien. Je m’assis près de Joachim. Il chipotait dans son assiette, les petits pois roulaient sous sa fourchette en une danse elliptique qui me fit songer à l’intérieur de sa bille. Il me donna en douce quelques morceaux de poulet. Je trouve que les humains font toujours trop cuire la viande, néanmoins, je ne voulus pas le froisser et je mangeai ce qu’il me donna.

 

La nuit venue, je me glissai sous la barrière du jardin et décidai d’aller fureter du côté du vieux chêne. La bille d’ambre n’était pas arrivée là toute seule, quelqu’un l’y avait certainement perdue, ou peut-être cachée là pour une raison qui m’échappait. Il y avait une brume épaisse au ras du sol et l’humidité des herbes me collait aux pattes. J’avais horreur de ça ! Je fus rapidement trempé jusqu’au bout des moustaches à force de farfouiller dans les hautes herbes. Elles avaient été piétinées autour de l’arbre par des pieds d’enfant, sûrement Joachim.

 

Je restai là un bon moment, sous la lumière froide de la lune. Je contemplai le ciel, tout piqueté d’étoiles et songeai un instant aux heures passées à l’observatoire, auprès d’autres humains, dans une autre vie.

Une chouette hulula dans un arbre voisin et je sursautai. Elle s’envola et passa devant la lune de son vol silencieux. Je décidai de rentrer à la maison. J’avais envie de me sécher et de m’installer confortablement pour réfléchir à tout ça. Si Joachim revient jouer par ici demain, je le suivrai. Peut-être à nous deux aurons-nous la possibilité de percer le mystère de la bille d’ambre.

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