Luciole, chapitre 1

Luciole, chapitre 1

 

La lumière du jour commençait à décliner quand Lucile leva la tête de son travail. Elle passa une main lasse sur son visage et s’attarda un instant à masser son front. Avec un soupir, elle plongea fermement son pinceau dans un bocal d’eau, déjà hérissé de plusieurs de ses semblables, de tailles différentes. Elle referma soigneusement les pots de peinture et s’essuya les mains avec un chiffon avant de se lever. Après un rapide coup d’œil à sa table de travail encombrée, elle décida de mettre un peu d’ordre.  Au fond de la minuscule pièce, Émile, son mari, lui avait installé des étagères qui croulaient sous les livres, les revues, du matériel et des boîtes à chaussures pleines de photos. Sur l’autre paroi, une commode à tiroirs tenait compagnie à un lavabo bariolé dans lequel elle vida son bocal et rinça une première fois ses pinceaux avant d’ajouter un peu de détergent dans l’eau. Une fois ses brosses propres et mises à sécher pour la nuit, elle s’étira, se massa le bas du dos et attrapa son poncho. Comprenant le signal, Shaman, son chien, se leva aussitôt et la suivit. Lucile n’avait pas encore pris le temps de ranger son siège de travail ergonomique et Shaman le bouscula sur son passage. Elle soupira et redressa son siège avant de le glisser sous la table. Elle sourit à l’animal qui la regardait, l’air coupable et ébouriffa les poils de la grosse tête hirsute. Le léonberg et sa délicatesse légendaire… Il bailla et se dirigea vers la porte en étirant ses pattes à chaque pas. Elle lui ouvrit et son regard embrassa la petite pièce familière une dernière fois, s’attardant comme chaque jour sur la luciole en porcelaine peinte d’inspiration naïve qu’Émile lui avait offert des années plus tôt en référence au surnom qu’il lui donnait autrefois. Lucile, Luciole, ma lumière dans la nuit…  Elle soupira et sortit hâtivement, refermant la porte derrière elle un peu plus fort qu’il n’était nécessaire.

Shaman l’attendait un peu plus loin sur le sentier qui menait à la grille du jardin, impatient de faire sa promenade après les heures de sieste aux pieds de sa maîtresse. Elle prit le chemin qui coupait à travers le bois et marcha jusqu’à la rivière, où Émile et son ami Yanis, enfants, lui avaient construit une cabane bancale qui prenait pour elle des allures de palais de princesse.

— Ne triche pas, cria Émile en courant vers elle. 

Il lui attrapa la main et aida Yanis à la guider sur le sentier. Un foulard sur les yeux, Lucile cherchait malgré tout à voir entre les minuscules trous du tissu où ils l’emmenaient. Elle ne parvenait pas à discerner les détails, mais elle reconnaissait les bruits familiers. Ils longeaient la rivière dans la forêt, vers la petite clairière où ils se retrouvaient dès que possible, depuis l’été de leurs huit ans. 

— Je sais où on va, répliqua-t-elle, agacée. À quoi vous jouez ? 

— Tu verras bien, c’est une surprise, lui souffla Yanis dans l’oreille tout en l’entraînant plus rapidement vers leur destination. 

— Fait doucement, tu vas la faire tomber, se fâcha Émile en la retenant par le bras. 

Les garçons la tiraient chacun d’un côté et Lucile se mit à rire de sa situation inconfortable, tiraillée entre les deux amis, comme toujours.

— Nous arrivons, arrête-toi et tourne-toi un peu à gauche, comme ça. Ne bouge plus. T’es prête ? C’est moi qui ai eu l’idée, déclara Émile avec fierté tout en sautillant, incapable de tenir en place.

— Oui, mais c’est moi qui me suis débrouillé pour trouver les planches, enchérit Yanis qui ne voulait pas manquer une occasion de recevoir les éloges de Lucile.


Ça la fit rire et elle patienta pendant qu’Émile détachait le foulard et lui recommandait de garder les yeux fermés. Puis, il reprit place à sa gauche, s’empara à nouveau de sa main tandis que Yanis à sa droite ne l’avait pas encore lâchée depuis qu’elle l’avait rejoint derrière l’école. 

— Vas-y, ouvre les yeux, tu vas voir, s’écrièrent en chœur les deux compères. 

Elle obtempéra et sous la surprise, sa bouche s’ouvrit également, s’arrondissant en un O muet. Ils lui avaient construit une véritable cabane dans le grand sapin, avec une plate-forme plus haute qu’elle. Le bas avait été fermé avec des branches de saule entrelacées qui reprendraient vie au prochain printemps. Pour rejoindre l’étage, ils avaient fabriqué une échelle avec les troncs de deux jeunes arbres reliés entre eux par des planches dépareillées et clouées un peu de travers. Un trou en arc de cercle dans le plancher, contre le tronc rugueux, permettait d’y accéder et des palettes de récupération servaient de garde-fou. Un toit en branchage complétait le tableau et donnait à l’édifice des allures de paillotte africaine. 

— Vous avez fait ça… Vous… balbutia-t-elle.

— Oui, s’écria Émile, ravi. Papy Émile nous a aidé, c’est lui qui a mis les madriers pour être sûr que ce soit solide et aussi les palettes. Tu vois, ça fait comme une rampe, on peut s’appuyer dessus. Viens visiter, tu as vu l’échelle, ? C’est moi qui l’ai faite avec Yanis. 

Il la tira derrière lui, Yanis à la remorque, tout en continuant à jacasser et à expliquer les détails techniques de leur construction. Elle pénétra à sa suite par l’ouverture cintrée. Incapable de contenir son impatience, Émile lui lâcha la main pour escalader l’échelle. 

— Bien sûr, ce n’est qu’une modeste cabane, ajouta Yanis pour tempérer l’enthousiasme de son ami, toujours porté à la démesure. 

Ce dernier n’aurait pas été plus fier s’il avait construit une cathédrale.

— Ne dis pas de mal de notre maison, le réprimanda Lucile, une nuance de reproche dans la voix.

Il lui lâcha la main et se détourna, attristé de sa rebuffade et confus de l’avoir offensée mais elle virevolta vers lui et lui offrit un sourire complice. Ce sourire qu’il aimait tant et qui lui donnait toujours l’impression d’avoir reçu un coup à l’estomac. Le soleil, à travers les branchages, dessinait des taches d’ombre et de lumière sur son visage. Il allumait des petites paillettes d’or dans ses yeux et des reflets cuivrés dans ses cheveux. C’était vraiment un beau jour… 

En arrivant à la cabane, Lucile ressentit un pincement au cœur. Il n’y avait plus que des ruines, le toit avait disparu, le plancher était en partie effondré et la végétation sauvage avait repris ses droits. Seuls les madriers fixés au tronc avaient résisté au passage des années. Lucile poussa des débris de planche à moitié pourris du bout de sa chaussure et prise d’un frisson, elle resserra les pans de son poncho autour d’elle. Elle regretta soudain d’être revenue ici.  La magie de l’endroit était morte depuis longtemps, peut-être depuis qu’ils étaient devenus adultes tous les trois. Les choses étaient tellement plus simples quand ils étaient enfants. Elle fit demi-tour et accéléra le pas vers sa maison, tournant le dos à ses souvenirs, Shaman sur les talons.

Quand ils débouchèrent sur la route empierrée qui passait devant chez elle, la nuit commençait à tomber. Les premières étoiles s’allumaient dans le ciel indigo et les vestiges de la lumière du jour n’ornaient plus que des lambeaux de nuages vers l’ouest, les ourlant de couleurs chaudes.  Le dernier virage franchi, elle s’étonna de voir une petite voiture rouge, estampillée au logo d’une marque de location, stationnée devant chez elle. La lumière brillait aux fenêtres de la cuisine et de la fumée sortait de la cheminée. Elle se précipita vers la porte et entra, mal à l’aise à l’idée qu’un intrus se soit permis de s’installer aussi familièrement en son absence. Elle était pourtant sûre d’avoir verrouillé la porte avant de passer quelques heures dans la minuscule remise, rebaptisée un peu pompeusement atelier après les aménagements d’Émile. 
Elle s’avança, rassurée par la présence de Shaman qui était entré en remuant la queue et s’était dirigé vers le salon pour saluer leur visiteur. Posée en évidence sur le plan de travail, à côté de la porte, elle remarqua le double de la clé qui restait caché sous une tuile de la marquise à l’intention des amis. Elle était toute rouillée, n’avait pas servi depuis des années et Lucile avait presque oublié son existence.

Après son excursion démoralisante à la cabane, elle n’avait aucune envie de faire la conversation ni de se montrer aimable avec qui que ce soit.  La seule personne qu’elle avait envie de voir s’était exilée à quelques milliers de kilomètres, trop occupée à poursuivre des chimères pour donner de ses nouvelles plus d’une fois par an. Elle tarda volontairement à rappeler le chien qui était toujours démonstratif et envahissant quand on le laissait faire ; elle espéra secrètement que ça suffirait à décourager quiconque de s’incruster.  Elle soupira, puis pénétra à son tour dans le salon pour découvrir Shaman couché sur le dos, les quatre pattes en l’air, pendant qu’un homme accroupi derrière son corps massif, lui grattait le ventre d’une main experte. Elle ne put s’empêcher de rire devant l’air parfaitement nigaud de son redoutable chien de garde. Elle remarqua le tressaillement de son visiteur qui, bien qu’ayant entendu sa présence, tarda à relever le visage vers elle.  Elle chancela, hésitante ; la silhouette, même accroupie dans la seule lueur du feu, lui fit immédiatement penser à Émile. Elle secoua la tête et déglutit, chassant une boule de douleur qui commençait à se former dans sa gorge. Il y avait un peu plus de deux ans qu’Émile reposait au cimetière du village, sous la dalle qui abritait ses ancêtres depuis au moins quatre générations. 


La pluie les avait surpris sur le chemin du retour, ils s’étaient précipités le long de la route, trébuchant dans les nombreux nids de poule. Ils riaient, grisés de leur course, de la pluie et de l’odeur de feuilles mortes qui saturait l’atmosphère. Ils se tenaient par la main, comme toujours et de l’autre, ils tenaient chacun un pan de la veste d’Émile qu’il avait retiré pour leur servir de parapluie dérisoire, balloté par le vent au-dessus de leurs têtes. Shaman courait et sautillait autour d’eux. Excité par la vitesse, il les éclaboussait d’eau boueuse en jappant comme un chiot. Sa grosse tête noire était marbrée de traces de boue et son épaisse fourrure fauve, méchée de noir, dégoulinait en rigoles nauséabondes.  Ils ralentirent en arrivant en vue de la vieille maison en pierre dont Émile avait hérité à la mort de son grand-père et qu’ils avaient mis près de deux ans à rénover avant de s’y installer. Ils poussèrent ensemble la grille du jardin et laissèrent le chien sécher un peu au garage avant de l’autoriser à revenir dans la maison. L’obscurité était tombée et Lucile chercha l’interrupteur à tâtons en arrivant dans la cuisine. Émile posa sa main sur la sienne à l’instant même où elle le trouva. Ils allumèrent ensemble et elle se tourna vers lui avec un grand sourire, l’électricité était rétablie.  Il dégoulinait, ses boucles brunes en bataille, alourdies par la pluie, lui tombaient devant les yeux. Il répondit à son sourire et ses yeux se mirent à pétiller. Il l’attira vers lui et déposa un rapide baiser sur ses lèvres, comme une question. Elle posa une main sur sa joue rugueuse et de l’autre, ébouriffa ses cheveux, émerveillée par tout l’amour et la tendresse qu’elle lisait dans son regard. Alors, résolument, elle l’embrassa, d’abord avec légèreté, puis leurs souffles s’accélérèrent et leurs lèvres s’ouvrirent, mêlant leurs langues avec avidité. Ses mains descendirent le long des muscles de son dos, s’arrêtant au creux de ses reins pour l’attirer plus fort à elle. Il répondit à son étreinte, la serra jusqu’au vertige avant de s’écarter pour glisser son visage dans le creux de son cou, respirer son odeur à pleins poumons et reprendre son souffle. La radio était restée allumée en sourdine et diffusait une musique lente. Il se mit à fredonner la mélodie et l’entraîna dans une danse sensuelle. Ils continuèrent à valser ainsi pendant les deux chansons suivantes,
ponctuant leurs mouvements par de petits baisers, tendres et coquins à la fois.  Elle se sentait bien, à sa juste place. La terre pouvait s’arrêter de tourner, ça n’avait aucune importance, rien ne pourrait les toucher, jamais. Brusquement, malgré la chaleur de ses bras, elle sentit le froid s’infiltrer insidieusement et elle se mit à trembler. Il s’en rendit compte aussitôt et s’empara d’un essuie-main pour la frictionner, rompant le charme.

— Va te changer, ma Luciole, je vais allumer du feu, lui murmura-t-il dans les cheveux, aspirant une bouffée de son parfum au passage.

Il la poussa vers les escaliers, ne pût s’empêcher de la retenir encore un instant, le temps d’embrasser le bout de ses doigts glacés, puis, la chassa en riant d’un coup de serviette sur les fesses. En s’éloignant vers la salle de bains, elle l’entendit ressortir sous la pluie et elle supposa qu’il allait chercher une ou deux brassées de bois pour avoir de quoi allumer le feu et surtout le faire durer assez longtemps pour passer la soirée à faire l’amour, blottis dans la douce chaleur de leurs corps emmêlés.  Elle était à peine entrée sous la douche, à savourer le ruissèlement de l’eau brûlante sur sa peau qu’elle entendit Shaman aboyer dans le garage. Le chien, habituellement calme et peu bruyant, se jetait férocement sur la vieille porte en bois, tout en poussant des rugissements de fauve sauvage. Lucile s'inquiéta du tapage, étonnée qu'Émile n'ait pas calmé l'inimal. Tenaillée par l'appréhension, elle sortit de la douche, s'essuya grossièrement et enfila un peignoir. Elle descendit le plus vite possible dans la cuisine en appelant son mari. Elle cria à Shaman de se taire, il couina trois fois avant de se mettre à hurler à la mort. Elle sentit son cœur rater quelques battements et elle eut alors la certitude qu’il était arrivé quelque chose à Émile. Sans plus réfléchir, elle se précipita dehors sous la pluie battante et se dirigea vers le bûcher, tâtonnant dans l’obscurité. Elle trébucha soudain sur un obstacle et tomba à genoux dans l’herbe piétinée et boueuse. Le souffle court, elle toucha
l’objet sur lequel elle avait buté. Avec horreur, elle reconnut le pied de son mari, étendu sur le ventre.  Haletante, elle se traîna vers le haut de son corps, palpant son dos, guettant une réaction. Elle lui agrippa les épaules, une de ses mains monta jusqu’à son cou, à la recherche de son pouls. Elle le secoua et tenta en vain de le retourner. Son genou heurta un objet cylindrique et elle posa machinalement la main dessus. Reconnaissant la lampe de poche, elle s’en empara et batailla avec le bouton électrique, les mains trop tremblantes pour y arriver du premier coup. Quand elle y parvint enfin, elle dirigea le faisceau lumineux vers Émile et un gémissement s’échappa de sa gorge nouée.  L’arrière de sa tête était fracassé et des fragments d'os apparaissaient, bien visibles entre les mèches de cheveux imbibées de sang. Il dégoulinait dans son cou jusqu’au sol, emporté par la pluie en rigoles écarlates jusqu’à elle. Elle contourna le corps en se traînant dans la boue sanglante pour voir son visage. Elle n’eut pas besoin de continuer à chercher le pouls dans son cou, quand elle vit les yeux ouverts et déjà vitreux d’Émile.

Elle laissa tomber la lampe, porta ses mains rougies à son visage et hurla jusqu’à ce que sa voix se brise. Ses mains se posèrent machinalement sur son épaule, agrippèrent le tissu de sa chemise et bien qu’elle sache parfaitement qu’il n’y avait plus rien à faire, elle le secoua en gémissant, incapable de penser de façon cohérente. Elle se laissa glisser à ses côtés, secouée de tremblements violents et posa sa tête contre lui. Terrassée par la douleur, elle sombra dans l’inconscience, les hurlements lugubres de Shaman lui paraissant de plus en plus lointains.  Quand elle revint à elle, le chien s’était tu et la pluie avait enfin cessé de tomber. Le silence lui pesa, lourd comme du plomb et elle voulut se relever. Ses jambes se dérobèrent et elle retomba dans la mare de sang. Elle se traîna vers la maison, vers le rectangle de lumière que la porte ouverte découpait dans la nuit noire. Elle s’aida du montant de la porte pour se relever et se maintenir en équilibre, malgré les convulsions qui agitaient ses membres. Avec difficulté, elle parvint enfin à atteindre le téléphone mais elle ne savait plus quel numéro composer pour appeler la police. Elle avait beau se concentrer, les chiffres continuaient de lui échapper. Il lui fallait appeler quelqu’un qui pourrait l’aider, sauver Émile, quelqu’un qui saurait quoi faire. Ses doigts tremblants composèrent le numéro familier de manière automatique. Après seulement deux sonneries, une voix ensommeillée répondit :

— Allo…

Elle entendit la télévision en bruit de fond et tenta de parler mais ne parvint à produire qu’un faible croassement. À l’autre bout de la ligne, son interlocuteur s’impatienta, supposant une blague de sale gamin. Elle inspira un grand coup et prononça d’une voix rauque :

— Papa… 

— Lucile, c’est toi ? demanda-t-il, surpris et vaguement inquiet. 

Ses yeux se posèrent machinalement sur sa montre. Les aiguilles indiquaient vingt et une heure quarante-huit.  

— Papa, articula-t-elle encore difficilement avant d’éclater en sanglots irréguliers. 

— Lucile, que se passe-t-il ? 

Il était à présent parfaitement éveillé et il se leva d’un bond de son fauteuil pour éteindre le poste. 

— Papa, au secours… souffla-t-elle encore avant de se laisser glisser à nouveau au sol en lâchant le combiné.

— Je viens…

Quand il arriva, dix minutes plus tard, la lumière brillait toujours dans la cuisine vide. Le coeur serré par l'angoisse, il suivit les traces sanglantes sur le sol. il trouva sa fille, prostrée à côté du corps sans vie d’Émile, couverte de sang et de boue.  

Shaman se releva brusquement, bousculant l’homme accroupi qui en tomba à la renverse sur le plancher. Il s’ébroua avant de se dandiner vers sa maîtresse, satisfait de sa performance. Elle ne put s’empêcher de sourire à l’animal avant de reporter son attention sur la silhouette qui s’était redressée. L’homme fit un pas vers elle, les bras tendus en une invitation muette et leva la tête. La lumière de la cuisine tomba enfin sur lui et Lucile fut prise d’un vertige.

— Lucile…  souffla-t-il, un léger tremblement dans la voix.

— Yanis…  

Elle le fixait, immobile, statue vivante au souffle heurté. Il hésita, ne sachant pas trop quelle approche était la plus susceptible d’être bien accueillie par Lucile. Puis, sa spontanéité reprit le dessus, il lui sourit et se précipita pour la serrer dans ses bras. Il la souleva du sol et la fit tournoyer. Il la déposa doucement et se recula d’un pas pour la regarder à son aise. Ce qu’il vit ne sembla pas lui plaire, ses sourcils se froncèrent et sa main monta caresser la joue pâle. Son pouce glissa sur les lèvres sèches et remonta vers son œil pour cueillir une larme, traîtresse, qui avait débordé malgré les barricades que Lucile avait construites durant les deux dernières années. Un pli dur qu’il ne reconnaissait pas serrait ses lèvres autrefois si douces. 

— Luciole…  implora-t-il, bouleversé par sa détresse.

— Ne m’appelle pas comme ça ! cracha-t-elle avec rage.

Ne tenant pas compte de l’avertissement contenu dans ces quelques mots, il répéta :

— Luciole… 

La gifle le percuta avec violence, lui coupant le souffle. Il resta quelques secondes la tête tournée, la joue cuisante. En réflexe au coup, ses poings se serrèrent instantanément et son corps se raidit, prêt à combattre. Il toisa son adversaire d’un air mauvais avant de se souvenir que c’était Lucile, sa douce Lucile, qui l’avait giflé. Elle avait reculé dans l’ombre, le dos à la poutre qui délimitait la baie et tournait la tête de l’autre côté, pour qu’il ne puisse pas voir son visage. Il comprit aussitôt que son barrage avait cédé et que toutes les larmes qu’elle n’avait pas voulu verser s’échappaient silencieusement. Sa colère fondit instantanément et il l’attira doucement pour la serrer dans ses bras. 

 

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Commentaires (15)

plaisirdecrire
  • 1. plaisirdecrire (site web) | 03/09/2015
Un tout grand merci à toi, Conchi, d'être passée par ici. Merci beaucoup pour ton gentil commentaire, ça me fait très plaisir de savoir que ma prose te plait également.
Bonne fin de soirée et bonne nuit. Bisous
cordobas
  • 2. cordobas | 03/09/2015
je viens de lire ton 1er chapitre...superbe
et envie de voir la suite
très beaux écrits ...bisous.ton amies d ARKAS
cordobas....bisous conchi
plaisirdecrire
  • 3. plaisirdecrire | 18/08/2015
Merci Colette,
Encore un peu de patience pour la suite... J'ai hâte et en même temps, je stresse.
Bizzzzzz à tous les 4
Colette
  • 4. Colette | 18/08/2015
Un premier chapître... et une suite que je vous invite à lire dès sa publication. Gene, merci de nous réjouir de ta fibre scripturale.
Geneviève
  • 5. Geneviève | 16/07/2015
Un tout grand merci pour ton commentaire, Marie-Francis
Je suis vraiment heureuse de savoir que ça te plait également. Merci
Marie-Francis
  • 6. Marie-Francis | 16/07/2015
Moi aussi j'ai accroché., très belle histoire qui va nous tenir en haleine, très beau style, j'aime le flash back également, tu nous as bien présenté les personnages !!! Chapeau....Je me réjouis de voir la suite.tout comme ceux et celles qui ont eu la primeur de lire ce premier chapitre.... Merci et encore BRAVO.
Geneviève
  • 7. Geneviève | 16/07/2015
Merci Cindy, le manque de temps, je connais malheureusement. Merci encore d'en consacrer une partie à Luciole

Abby, merci beaucoup de ton passage et de tes compliments

Bisous
Abby 06
  • 8. Abby 06 | 16/07/2015
Je confirme : un premier chapitre qui laisse en haleine...on a envie de découvrir la suite !
De plus, belle écriture...riche vocabulaire ! Bravo Geneviève ! Je suis admirative !
Cindy Costes
  • 9. Cindy Costes (site web) | 16/07/2015
Oui j'ai de la chance de pouvoir le lire en avant-première
La bêta se passe très bien, mon seul problème est le manque de temps !
Geneviève
  • 10. Geneviève | 15/07/2015
Merci de ton passage ici et de ton commentaire, ça me fait plaisir de voir que ma prose vous plait
Bisous
Goelette
  • 11. Goelette | 15/07/2015
Déjà sous le charme de ce premier chapitre, je vais patienter
Geneviève
  • 12. Geneviève (site web) | 14/07/2015
Merci Claude, ça me fait plaisir de savoir que ce premier chapitre t'a plu. Oui, Aslan, c'est évident pour ceux qui me connaissent.
claude
  • 13. claude | 14/07/2015
Je viens de lire ce premier chapitre. C'est vrai que j'attend avec impatience la suite. Moi qui connait votre ancienne demeure,j'y retrouve pas mal de choses et bien sûr l'image d'Aslan. Bravo! vite la suite.
Geneviève
  • 14. Geneviève | 11/07/2015
Merci Cindy !
Tu es une privilégiée, alors...
ça se passe bien, la bêta ? Pas trop long ?
Cindy Costes
  • 15. Cindy Costes (site web) | 11/07/2015
Un premier chapitre qui donne envie de lire la suite, bravo

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